Synopsis Clandestino

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Paule Muxel :

J’ai d’abord pensé à une histoire simple qui pourrait presque se passer de dialogues. Où ce seraient le regard des personnages, ce qu’ils vivent et traversent qui transparaît, sans nécessiter d’explications. En somme une histoire qui laisse la place au langage intérieur de chacun, un langage secret, une sorte de communion entre le regard et les intentions.
Les mots effacent parfois la vérité, la modifient, ils trahissent ou passent à côté de ce qui est réellement ressenti. J’ai voulu retenir les mots, retenir peut-être jusqu’à trop retenir, mais c’est l’histoire de ce film.
Clandestino nous montre des vies brisées par une guerre, une fuite en avant, une perte d’identité et une solitude. Quelle portée possède la part de silence qui enveloppe l’enfant comme seule échappatoire à sa destinée douloureuse et non avouable ?
Quelle est la part de responsabilité d’un père trop jeune pour être père, dépassé par les évènements, qui abandonne son fils dans le pays de la mère, comme pour le renvoyer à elle ?
Quelle est la part d’interprétation d’un homme en pleine maturité qui ne sait pas quoi faire devant des clandestins, mais qui cherche à rompre sa solitude en les protégeant ?
Autant de relais affectifs souterrains, complexes, qui ballottent l’enfant et l’entraînent vers une maturité qui le fait grandir et finit par déclencher l’amour d’un vieil homme renfermé. Tout se comprend, mais tout est aussi à deviner, à ressentir.
C’est un parti pris, une liberté à donner aux spectateurs. L’émotion, le non-dit, ce qui se dissimule mais qui peut se deviner, m’interpelle. J’aime travailler sur cette résonance, cette fragilité. Dans quelle mesure pouvons-nous manipuler tout cela au risque de décevoir ? Je n’ai pas de réponse, j’ai seulement essayé de créer de l’écho.
Minoush accomplit un rite de passage entre l’enfance brisée et la concentration qu’il déploie pour vaincre ce qui lui arrive. C’est ce qui le fait devenir un homme, un père pour son père, car c’est lui qui redonne un sens à l’identité paternelle, le sens de la vie et de la capacité à reconstruire.
On peut, à travers ce conte moderne, s’interroger sur la capacité à transformer le malheur en force, la souffrance en devenir, le refus de l’autre en interrogation de soi-même… l’étranger en « possible » si on décide de le regarder autrement.
Le film tente ces questions, il est une interrogation de notre capacité à s’interroger, voyage intérieur pour tenter de vivre malgré le refus de l’autre. Mais l’étranger est en nous, c’est de nous qu’il s’agit.
Toute la violence du film est laissée en arrière fond, cela se passe dans les regards et les silences. Chaque personnage observe l’autre et se trouve observé par lui. L’histoire peut, à partir de ce silence, aller plus loin puisque le spectateur peut l’agrandir en fonction de ses émotions.

 

 

 

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