Paule Muxel - Bertrand de Solliers

Philippe Pétain

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Comment est venue l’idée de faire un documentaire sur Pétain ?

Henry Rousso : L’idée vient de Bertrand de Solliers, l’un des deux réalisateurs. Avec Paule Muxel, ils ont réalisé en 2007 un documentaire sur la mémoire de Vichy à Vichy même: L’année dernière à Vichy, diffusé sur Arte.

Ils ont rencontré ainsi la figure de Pétain et les réactions très ambivalentes que la sa mémoire continue de suciter, notamment l’idée qu’il a été contraint par les circonstaces ou qu’il aurait joué un “double jeu” avec les allemands, ce qui est faux, ou encore que c’était une sorte de fascite antisémite convaincu depuis l’avant guerre, ce qui est tout aussi inexcate. Ils ont donc essayé de creuser la question et m’ont demandé d’éecrire le film avec eux – j’avais rédigé le livret qui accompagne le DVD de leur premier film sur Vichy. Ma première réaction était plutot réticente dans la mesure ou le régime de Vichy m’interressait plus que la figure de Pétain. Mais ce qui m’a séduit au bout du compte, c’est le projet de parler d’un homme ayant eu plusieurs vies publiques, et sur tout la réflexion autour de la manière dont certains responsables politiques dont face ou utilisent les désastres historiques (ici la défaite de 1940) pour faire avancer leurs idées. Nous avons souvent pensé à George Bush et au 11 septembre en faisant ce film, et cette question est évoquée à plusieur reprises par les deux historiens américains présents (Robert Paxton et Leonard Smith). Enfin, l’idée la plus imporante à mes yeux, c’est la volonté de traiter Pétain avec un regard non exclusivement francais, soit pour avoir d’autres points de vue (allemand, anglais, américain, italien).soit pour amorcer des comparaisons avec d’autres dictateurs charismatiques de l’époque.
Comment se fait-il que nous connaissions si mal Philippe Pétain?
H Rousso : La connaissance historique existe et il y a eu plusieurs biographies relativement bien informées sur lui (guy Pédroncini, Richard Griffith, Herbert Lottmann, Marc Ferro, Charles Williams et d’autres), Même s’il y a des nouvelles archives récemment classées, notamment à La Défense, ou de nouveaux documents, comme le Statut des Juifs qu’il a vraisemblablement annoté de sa main et découvert il y a peu, qui permettront de compléter le tableau. Mais le personnage est toujours percu à travers un filtre négatif ou positif. Soit on garde en tête le “vainqueur de Verdun” – qu’il ne fut d’ailleurs pas, Verdun n’étant pas un victoire mais une défaite évitée -, soit on retient le chef de l’Etat francais avec son cortège de renoncements, d’exclusions et de crimes. En outre, Pétain a toujours été vu comme l’envers symétrique de de Gaulle,qui me parait une vision fausse pour la période antérieure à1940.
Or Pétain a fil! trois vies différentes. Il a été officier supérieur ayant une pensée stratégique originale et ayant percu la fin du modèle occidental de la guerre, mais dont la carrière est restée banale avant 1914. Il est deenu un chef militaire propulsé sur le devant de la scène dans le contexte de 1916 et des risques de désastre militaire, se trasnformant peu à peu dans les années 1920 et 1930 en figure héroique d’une france qui se percoit comme une grande puissance dominante malgré son refus d’envisager une nouvelle guerre – idée que P2tain défendra bec et ongles jusqu’a la fin de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il se mue littéralement en chef vénéré, adulé, adoré par des millions de Francais non pour ses idées autoritaires voire totalitaires, non pour avoir fait de la France vaincue un partenaire essentiel du Reich en guerre, mais pour avoir arreté un conflit dont les Francais n’étaient pas prêts à supporter les conséquences après la débâcle et l’exode de juin 1940.

 

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Si on connait mal Pétain, c’est parce qu’il est difficile de trouver un cohérence simple dans son parcours qui reflète les évolutions brusques et les ruptures dramatiques de l’histoire de l’Europe entre 1914 et 1945. Le film cherche justement à échapper à une vision étroitement franco-contrée, pour ne pas chauvine et résistancialiste de l’histoire de l’Occupation qui est un rain de revenir dans la production historiographique actuelle, sous prétexte de rendre hommage au souvenir de la résistance francaise- comme si la france avait été leseul paysà réagir contre le nazisme.

Quel est aujourd’hui la mémoire de philippe Pétain ?
H Rousso : C’est une question difficile. Autant il parait acquis que Vichy appartient désormais à !”‘enfer” de l’histoire de France, autant il est possible que P2tain puisse susciter des réactions moins négatives ches les plus vieux, ceux qui ont des souvenirs directs ou transmis de cette période- comme le montre le fil mentionné plus haut. Pour les autres, il est probable que joue une fomre d’assimilation entre la mémoire de Vichy et celle de Pétain, d’ou la nécéssité de montrer, d’une part, ce que le personnage a pu représenter avant 1940 et de rappeler à quel point il était preqque unanimement respecté à droite comme à gauche, et, d’autre part, d’expliquer les raisons de son basculement et les raisons du culte dont il a été l’objet qui ne me parait par relever principalement d’une rise d’identité nationale, comme on l’a trop longtemps soutenu, mais d’un refus de subit la violence d’une guerre qu’il a décidé d’arreter. Pétain à VichyJ c’est bien la conséquence du “lâche soulagement” donta parlé Blum après Munich.

La mémorial de la Shoah a publié Y.Il avant-projet du Statut des Juifs sans doute annoté de la main de Philippe Pétain. Que nous apprend ce document?

H Rousso : Le 3 octobre dernier, soixante-dix ans jour pour jour après sa signature, le Mémorial de la Shoah rendait publique avec un peu de mise en scène la découverte d'”un avant-projet annoté sans doute de la main de Pétain du premier Statu des Juifs.”
Ce texte a soulevé à propos de Pétain deux questions récurrentes et distinctes : dans quelle mesure Pétai, était-il lui-même profondément antisémite ? Et quel rôle a-t-il joué
dans les lois antijuives de Vichy ? A la première question, je ne penses pas que ce document montre un antisémitisme plus prononcé qu’on ne le pensait, mais plutot une volonté de diminuer les personnes préalablement exemptées par l’avant-projet – la véritable découverte à mon sens puisqu’on ne connaissait pas jusque-là ce texte. Pétain se comporte en chef de l’Etat souvieux d’appliquer “de manière juste et égalitaire” ce qu’il sait être une véritable infamie. On a trouvé récemment d’autres documents
montrant que Pétain s.réagi contre les persécutions raciales et religieuses après la Nuit
de Cristal, en novembre 1938, soit à peine deux ans avant la promulgation du Statut des
Juifs. La défaite de Juin 1940, la volonté de mettre en place une “Révolution nationale”, la recherche des boucs émissaires de la déblache entraine Pétain à radicaliser sa position, même s’il ne croit pas que les “Juifs” soient réellement seuls “responsables” de la défaite. Il accusera un ensemble de cibles : les politiciens du Front populaire, les instituteurs, les Francs-Macons, etc. Autant de catégories qui seront pourchassées sous l’Occupation, mais avec des conséquences moindres que l’exclusion des Juifs par des lois antisémites. Quant à son implication dans la rédaction des loi antisémites. on savait qu’elle existait. on sait maintenant de quelle nature ellea été exactement.

(propos receuillis par Olivier Thomas)

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