3 Films à partir du Sida, années terribles avant les tri-thérapies – 1993, 1994, 1995

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image prise pendant le tournage de “Une histoire qui n’a pas de fin”

 

Entendre pour la première fois des personnes vivant leur séropositivité au virus du Sida en 1993 alors que beaucoup en mouraient en même temps à l’époque, a été un moment difficile, « singulier » pour toute l’équipe de cinéma conviée à filmer, présente sur « Sida, Paroles de l’Un à l’Autre ».

Sur le premier film, une annonce publiée sur Libération juste la semaine précédente, et  quelques mots échangés en amont, le film démarre : échanges filmés ont été toujours directs, sans préparation parce que l’urgence de parler était affirmée d’emblée. Ce qui était assez impressionnant car la violence de ce qui était vécu par les personnes concernées se présentait directement dans leur essentiel – c’était l’objet même de ce film : laisser s’exprimer ceux qui étaient les seuls concernés. Et non les intermédiaires, une habitude propre des médias à l’époque de passer par ce filtre –. Cela a effectivement été une chose intense car absolument tous à ce moment-là ne voyaient aucune solution sur l’avenir.

Nous avons filmé dans l’appartement où nous vivions 23 rue Étienne Marcel à Paris. Notre fils de 2 ans présent à certains moments, l’équipe se lavant les mains après chaque témoignage du tournage car la raison et le déraisonnable co-existaient. Nous savions que le virus ne pouvait passer par une poignée de main, mais dans cette situation et à cette époque, nous nous pensions malgré tout tous atteints. Beaucoup sont allés ensuite faire des analyses, une époque terrible où dominait un effroi brut. L’incertitude et la panique dominait.

La production de ce film a été l’une des plus difficiles. Le Sida, nous l’avions rencontré dans des services de psychiatrie où un nombre important de malades mouraient dans un “vrai” silence. On n’en parlait pas. Et pratiquement personne dans le corps médical en psychiatrie, en parlait. La psychiatrie étant synonyme d’enfermement, et ici le Sida doublait la mise.

Le premier film produit était terminé mais endetté : Histoires autour de la Folie, nous avons toutefois engagé le tournage de Paroles, tous les paiements étant différés, chacun a accepté, industries techniques et techniciens. C’était une urgence de mon point de vue.

Quand une copie de travail a pu être projetée, la responsable documentaire de France 2 qui l’a vue, Laure Adler, nous a indiqué que c’était trop fort et qu’il fallait aller tourner d’autres plans, des plans de foule par exemple, qu’on pourrait diluer et alléger tout cela.

Pour Arte, il fallait tout remonter, gracieusement, pour voir.

Ce sont Daniel Defert et Agnès Troublé qui ont permis financièrement de sortir le premier des trois films de cette ornière, ensuite une avance sur recettes après tournage avec Jeanne Moreau qui a défendu ensuite le film sur un journal télévisé (France 2).

Une première diffusion aux Assises d’Aides à Lyon (1993) a précédé la sortie salle avec le courage aussi de la 25ème Heure (France 2) et de Planète qui ont ouvert la diffusion de chacun des films…

 

Sida, paroles de l’un à l’autre, 1993, film

https://vimeo.com/589233824

 

Une histoire qui n’a pas de fin (Sida, paroles de soignants), 1994, film

https://vimeo.com/350579828

 

Sida, paroles de familles, 1995, film

https://vimeo.com/383267069

 

Nous faisons le choix de mettre in extenso les entretiens sonores des tournages des trois films sur le site de la BNF (Gallica), plus de 25 ans après.

Ces moments correspondent à une époque, des instants où un certain nombre de nos questions étaient difficiles à élaborer, penser, proposer, de par la nature sensible et personnelle, affective et particulièrement touchante des sujets abordés.

 

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© photographies de Solliers Muxel