L’Année dernière à Vichy, personnages du film

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Camille Roux

Fils de cuisinier dans un grand hôtel, 20 ans en 40, jeune militaire passé à la Résistance dans le groupe de Kespy, sans doute la principale figure Vichyssoise de la Résistance. Dirige le maquis des Bois Noirs autour de Vichy. Arrêté début 44, il est jugé par les Sections Spéciales. Interné à Riom, il échappe de justesse à une condamnation à mort. Son dossier n’est jamais arrivé à la Gestapo grâce à une complicité amie au sein de la division du commissaire Trota, chef de la brigade politique de Clermont-Ferrand chargée de la traque des maquisards. Homme de droite, il fut colonel dans l’Armée française.

 

 

 

 

Yves-Frédéric Jaffré Yves Frédéric Jaffré

Le dernier avocat vivant qui a défendu Pierre Laval à son procès. Gaulliste au départ, il est fasciné par Laval sur les trois dernières années. Entre-temps a été envoyé en mission à l’hôtel et croise Pétain.

 

 

 

 

25-2-billet-3-vous-denonciez-quelquun Lucette Billet

Couturière, 17 ans en 40, a eu un père et un beau-père miliciens, alors que son frère résistant est assassiné à la mitraillette par les Allemands dans le Puy de Dôme. Sa mère travaille dans les ministères, fut résistante tout en étant admiratrice de Pétain. Dans la même maison du logement que la famille occupait, habite un des miliciens les plus notoires de Cusset, ville jouxtant Vichy, responsable de différents assassinats. Témoin populaire à la Libération des différents lieux de tortures utilisés par la Gestapo et la Milice

 

 

 

 

André BerlucatAndré Bertucat

D’origine modeste, père cheminot, était encore il y a peu le maire UMP de St Germain des Fossés, village à 5km de Vichy, véritable plaque tournante ferroviaire entre le nord de la France et le sud-est et le sud-ouest. Père et grand-père longtemps maréchalistes bien que de gauche. Devient résistant.

 

 

 

 

Jean MarielleJean Marielle

Réfugié des Ardennes, avec son père viennent à Vichy travailler comme ouvriers métallurgistes à la Mahnurin, fabrique d’armes qui a eu des usines sur place. Son grand-père est maréchaliste alors que son père, conscient dès l’armistice des véritables enjeux en cours, permet ain21-yavait-pas-marque-gestaposi au jeune hommen une prise de conscience hors du commun. Chantiers de Jeunesse, puis passe à la Résistance. En 1947, s’installe à son compte et fait une carrière d’industriel. Se passionne pour ceux qu’on appelle les « 80 » ayant voté non à Pétain le 10 juillet 40 ouvrant ainsi depuis 18 ans le champ à un certain nombre de recherches sur un aspect de la politique française peu débattu.

 

 

 

Alphonsine BonnefoyAlfonsine Bonnefoy

Jeune fille en 40. Maréchaliste jusqu’à aujourd’hui. Son père, paysan, l’était beaucoup moins. Témoigne du plaisir à l’époque de vivre et travailler à Vichy. 13-2-off-ce-quon-filteredTravaillait dans un Ministère. Fait un portrait répulsif de Laval. Témoin « intuitif » de la séduction des hommes politiques. Son frère devant partir au STO, il s’enferme pour deux années dans une chambre de la maison familiale.

 

 

 

29-2-off-charrasse-3-la-liberte-la-republique-la-democratiePierre Bénézit

Issu d’une famille communiste du bourg de Saint-Yorre situé entre Chateldon et Vichy, route que parcourait quotidiennement Laval. 14 ans et collégien en 1940. il devient agent postier et sillonne fréquemment l’Hôtel du Parc, les rues de Vichy. Témoin populaire.

 

 

 

Pierre des Ligneris

30 ans en 1940, est issu d’une famille aristocratique européenne possédant un château proche de Vichy. Anti communiste, maréchaliste, catholique fervent. Il « cache » des Juifs. Fréquente avec aisance par sa famille les milieux diplomatiques à Vichy dont les de Brinon, la famille de Laval, Josée Laval et de Chambrun ensuite après guerre. Admirateur de Pétain jusqu’à aujourd’hui.

 

 

 

René UhlmannRené Uhlmann

Famille d’origine juive habitant Strasbourg. À 14 ans sa famille doit fuir à Vichy où son père ne pensait pas rester, mais finit par se réfugier pensant se trouver « sous la protection du Maréchal Pétain ». En cela, il suit le trajet de nombreuses familles du nord-est venue se réfugier avec l’Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand et Vichy. Témoin très jeune de la déroute de l’armée française. Il échappe de justesse avec sa famille à une rafle générale début 1943. Se réfugient dans la campagne alentours.

 

 

 

lallierJean Lévy

A l’instar de Mr Uhlmann, sa famille se réfugie du Nord-Est à Vichy en suivant une entreprise de confection qui les emploie. En 1943, arrestation du frère de Mr Lévy, ensuite déporté. La famille se cache de justesse dans une chambre prévue à cet effet dans Vichy, mais elle est dénoncée rapidement et ils doivent fuir dans les campagnes. Assassinat sans sommation de son cousin par la milice dans les rues de Vichy.

 

 

Annie Malroux

Fille du député Augustin Malroux proche de Léon Blum ayant voté contre Pétain le 10 juillet, ensuite résistant, mort en déportation. Elle avait 10 ans et était présente avec toute sa famille à Vichy les journées du « 10 juillet ». Témoigne de la présence des « bandes à Doriot » à Vichy, d’une l’atmosphère de violence manifeste qui domine la ville autour de ce vote.

 

 

Edmond Leclanché

Camille Leclanché

Passe très rapidement à la Résistance dans la région de Clermont-Ferrand. Lieutenant du groupe du Colonel Gaspard, maquisards du Mont Mouchet, tous deux héros de la Résistance de Clermont (Gaspard apparaît dans « Le Chagrin et la Pitié »). Très recherché avec son frère Camille, ce dernier est arrêté et transféré dans les bureaux de la Gestapo de Vichy dirigés par Gessler. Gessler dirige la Gestapo de la zone Sud et a ses bureaux sur Vichy et Clermont. Edmond fera une visite de Vichy en repérage dans le but d’organiser l’évasion de Camille, qui s’est révélée impossible. Dans le film, il témoigne jour pour jour 60 ans après son passage. Camille n’a jamais été retrouvé.

 

 

Alexandre KacjersinskyAlexandre Kacjersinsky

Est issu d’une famille juive d’origine polonaise réfugiée en France dans les années 40. Sur le conseil des gendarmes, vivant seul avec sa mère, celle-ci, mal conseillée, vend tous leurs biens à perte pour se cacher. Passe dans la Résistance à 17 ans.

 

 

 

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Les héritiers

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LE TEMPS, LA TERRE, LE VIN ET L’INFORMATIQUE

La transmission des valeurs sur cinq générations dans une famille de vignerons cultivateurs en Auvergne

 

 

 

 

 

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Making off de Clandestino

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extraits

 

totalité : https://www.youtube.com/watch?v=24xDZO_udO4&t=16s&spfreload=5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Synopsis Clandestino

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Paule Muxel :

J’ai d’abord pensé à une histoire simple qui pourrait presque se passer de dialogues. Où ce seraient le regard des personnages, ce qu’ils vivent et traversent qui transparaît, sans nécessiter d’explications. En somme une histoire qui laisse la place au langage intérieur de chacun, un langage secret, une sorte de communion entre le regard et les intentions.
Les mots effacent parfois la vérité, la modifient, ils trahissent ou passent à côté de ce qui est réellement ressenti. J’ai voulu retenir les mots, retenir peut-être jusqu’à trop retenir, mais c’est l’histoire de ce film.
Clandestino nous montre des vies brisées par une guerre, une fuite en avant, une perte d’identité et une solitude. Quelle portée possède la part de silence qui enveloppe l’enfant comme seule échappatoire à sa destinée douloureuse et non avouable ?
Quelle est la part de responsabilité d’un père trop jeune pour être père, dépassé par les évènements, qui abandonne son fils dans le pays de la mère, comme pour le renvoyer à elle ?
Quelle est la part d’interprétation d’un homme en pleine maturité qui ne sait pas quoi faire devant des clandestins, mais qui cherche à rompre sa solitude en les protégeant ?
Autant de relais affectifs souterrains, complexes, qui ballottent l’enfant et l’entraînent vers une maturité qui le fait grandir et finit par déclencher l’amour d’un vieil homme renfermé. Tout se comprend, mais tout est aussi à deviner, à ressentir.
C’est un parti pris, une liberté à donner aux spectateurs. L’émotion, le non-dit, ce qui se dissimule mais qui peut se deviner, m’interpelle. J’aime travailler sur cette résonance, cette fragilité. Dans quelle mesure pouvons-nous manipuler tout cela au risque de décevoir ? Je n’ai pas de réponse, j’ai seulement essayé de créer de l’écho.
Minoush accomplit un rite de passage entre l’enfance brisée et la concentration qu’il déploie pour vaincre ce qui lui arrive. C’est ce qui le fait devenir un homme, un père pour son père, car c’est lui qui redonne un sens à l’identité paternelle, le sens de la vie et de la capacité à reconstruire.
On peut, à travers ce conte moderne, s’interroger sur la capacité à transformer le malheur en force, la souffrance en devenir, le refus de l’autre en interrogation de soi-même… l’étranger en « possible » si on décide de le regarder autrement.
Le film tente ces questions, il est une interrogation de notre capacité à s’interroger, voyage intérieur pour tenter de vivre malgré le refus de l’autre. Mais l’étranger est en nous, c’est de nous qu’il s’agit.
Toute la violence du film est laissée en arrière fond, cela se passe dans les regards et les silences. Chaque personnage observe l’autre et se trouve observé par lui. L’histoire peut, à partir de ce silence, aller plus loin puisque le spectateur peut l’agrandir en fonction de ses émotions.

 

 

 

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Histoires autour de la folie 1

 

 

préparation du film de 1988 à 1991, tournages 1991 1992

de la fin des asiles à une psychiatrie “moderne”

 

 

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archives des patients, de leurs familles, de l’Institution, déposées dans les sous sols et greniers de Ville Evrard ouvert depuis 1868 … © photographies de 1988 à 1992

 

 

 

 

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« MÉMOIRES DE LA FOLIE » correspond à ce moment passage – moment clé qui voit les Asiles après la seconde guerre mondiale devenir des Hôpitaux psychiatriques spécialisés, pour s’ouvrir par la suite sur la Sectorisation, la mise en place de « Secteurs », une psychiatrie «moderne». Entre 1988 et 1992, nous avons pu réunir différents témoignages sur cs mouvements sans cesse remis en question.

L’Institution asilaire « Ville Evrard » est inaugurée en 1868, donc deux ans avant la guerre de 1870.
Dans la Région Parisienne il y avait six grands asiles qui récupéraient des personnes regroupées à l’hôpital Sainte Anne qui les centralisaient depuis Paris. 12 étaient prévus.

À Ville Evrard, dans les années 1950, il y a eu jusqu’à 2000 patients. Une situation identique s’est trouvée à l’hôpital « Maison Blanche » construit sur le territoire de Ville Evrard au début du 20ème siècle.

Des réseaux de transferts de malades étaient fréquents avec les autres départements, d’un asile à l’autre, où il n’y avait pas assez de « lits » (de malades), définissant toute une économie dont la portée de l’ombre était la misère. Systématiquement les plus démunis, les plus handicapés étaient « déplacés ».

Le changement progressif dans les Asiles correspond à la volonté particulière de quelques psychiatres comme Lucien Bonnafé, mais aussi à l’arrivée des premiers traitements neuroleptiques.
Il ne s’agit pas d’une situation fixe, d’après la seconde guerre mondiale, car certains ont aussi essayé de modifier les règles en cours destinés à perdurer sans aucun changement.
Nous avons pu rencontrer les derniers infirmiers qui ont vécu cette époque à cheval sur ces changements fondamentaux qui prenaient source des décennies auparavant.

« Mémoires de la Folie » issu de Histoires autour de la Folie, est aussi un témoignage de la proche banlieue parisienne qui se transforme pour se modifier totalement sur un siècle.

Ville Evrard est l’hôpital qui a interné entre autres Camille Claudel avant son déplacement vers Avignon, Artaud avant son déplacement à Rodez, Hervé Bazin, Clovis Trouille etc. Edouard Herriot et Louis Renault passagèrement pour des raisons politiques.

La préparation du film s’est déroulée sur plusieurs mois avec de multiples rencontres au départ filmées sur un support vidéo de l’époque très fragile : le Hi8, support abandonné pour enregistrer la préparation en son numérique (DAT). Nous avons tourné ensuite sur support film en 2011. Le tournage principal a été réalisé en trois semaines en 1992.
L’ensemble qui concerne ce film a commencé en 1988 pour être terminé début 1993.
Sa préparation constitue le départ de notre engagement documentaire.

Quand nous sommes entrés à Ville Evrard, en quelque sorte « vierges » – l’est t’on vraiment face à l’Autre «soi même» – nous avons découvert et surtout écouté, à notre rythme, partant d’une ignorance naturelle vers un ensemble qui se parlait tout seul individuellement et collectivement, une suite d’états entre l’interdiction, le caché (les asiles ont des murs), une expérience des souffrances humaines psychiques qui vient du profond des limites de tolérance de la Société, au combien variables et selon.

Ouvrant d’abord les oreilles et ensuite les yeux.

 

 

 

 

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Première partie constituée des témoignages d’anciens infirmiers, infirmières et médecins

de la fin de l’asile à l’hôpital psychiatrique spécialisé

 

 

 

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Mes Orsiny et Dobigny, infirmières

(à l’époque, les prénoms n’ont pas été relevés)

Je suis arrivée en 1935
Un trousseau de clé important
Le fond du panier
Le “5” : les demi agitées, le “6”, les agitées avec les “bains prolongés”
30 personnes pour 16 lits …
En 1936 c’était surchargé
Les cris, les piqûres à l’huile soufrée
Garde chiourmes …
Maman était là à la guerre de 1914
Mes parents ont travaillé là, puis mon fils
Le peignage
Les “petites bleues” à la Sapeltrière
Les Entrantes de Sainte Anne
On les triaient, on arrivait aux bains, la bure grise
Dans le temps c’était beaucoup plus familial qu’aujourd’hui
Aucune formation, on arrivait comme ça…
On entendait dans Neuilly les malades brailler
Quand on est rentrées on faisait 48 heures, ensuite 40
La première fois
4 à 5 infirmières pour 30 malades
Une journée de travail ; on comptait les malades
L’eau chaude est arrivée en 1939, un WC pour 30
Les malades aidaient à pousser les chariots vers la buanderie
Plus de 2000 malades et autant à Maison Blanche
Les évasions
Parienté a voulu ouvrir les portes
L’angoisse de sortir, celles qui voulaient le plus sortir avaient peur
Les infirmières qui ne voulaient pas évoluer
La religion
Les transferts
Les déportés soignés à Ville Evrard
Les malades qui avaient un enfant
La mixité
La sexualité
Les électrochocs, les bains. Bilan.

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3532-memoires-de-la-folie-resistances-1

 

 

 

 

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Archives Caves et buanderie, fin du Pavillon Les Tilleuls

Archives dans l’une des caves de l’hôpital, avec Gilbert Léon, infirmier

… Un militaire, alcoolique, en 1910
Le 26 avril1909, Mr Albert, présente un état grave
“Idées ambitieuses et de satisfaction. A maintenir”
“Le Malade a des projets déraisonnables, force en conséquence … en phase terminale de syphilis”
Beaucoup de malades de ce type à cette époque
“Le malade est actif, robuste, violent quand il est contrarié, et comme dans ses instants de lucidité il réclame avec insistance sa liberté, je redoute des difficultés pour le transférer chez vous.
Le malade est un de mes intimes” – signé “directeur de l’Hotel Dieu, 14 aout 1909”
Et à l’intérieur on trouve la réponse du directeur de Ville Evrard.

Santé publique d’un côté, Maison de santé de l’autre, l’un payant, l’autre pas

“Je vous prie de faire passer mon mari de la seconde classe à la troisième classe…”

“Nous pouvions nous charger d’un homme sain, mais (après une semaine) il nous est impossible de vivre avec un aliéné qui peut être dangereux pour une femme et un enfant s’il est contrarié”

Un brevet d’invention déposé dans ce dossier… Mai 1911

Avec monsieur Legalès
Cahier des décès.
1952. La Tuberculose
Congestions pulmonaires
Suicide d’un mélancolique (…)

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3533-memoires-de-la-folie-resistances-2

 

 

 

 

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Edouard Durand, infirmier – mémoire des années 1930 à 1950

L’émergence de la parole des infirmiers psy
Antonin Artaud
l’Arrivée des neuroleptiques. Les cris ont cessé
La guerre et les malades morts de faim

partie 1

En général nous sommes admis par cooptation
Maman était infirmière à Maison Blanche. Elle est venue à Ville Evrard, elle avait 15 ou 16 ans
Je ne voulais pas travailler le week end
Je pense que les gens de Neuilly sur Marne étaient allergiques à Maison Blanche et Ville Evrard
Je suis né en 1909 – mon père n’est jamais revenu de 14
Mes parents vivaient avec les malades – des journées de 12 heures
Je suis rentré pour travailler en 1934
Le fait d’être valable (pour les malades)
L’instruction
Le soin d’infirmier (années 1930)
– Le 1, des gens calmes, les travailleurs
– le 2, les gâteux, de grands débiles
– le 3, la Cathédrale : les Entrants, les soins somatiques
– le 4, les épileptiques, les alcooliques
– le 5, les demi agités
– le 6, l’Enfer soi disant du service, j’y ai travaillé des années
Au “6”, avant ou après la guerre, le Docteur Sivadon
Comme des gardiens…
Ma première journée – j’ai commencé au “4”, une blouse blanche, un sifflet, un trousseau de clé, un képi
Toute la génération précédente était en uniforme d’infirmiers
C’est l’automne, je surveille la cour avec 20, 30, 40 malades
Histoire du coup de poing qui finit en camisole
La mort des malades pendant la guerre. On mourrait facilement ici à Ville Evrard
J’ai connu une équipe plus dure, c’est difficile d’en parler
Au “4” j’ai été dressé
Ville Evrard à cette époque était très vivant. Ville Evrard, Villejuif, Maison Blanche, Sainte Anne, Vaucluse, tous ces hôpitaux (à l’époque) étaient loin de Paris
Une grande partie de la population de Neuilly sur Marne travaillait à Ville Evrard et Maison Blanche – c’était une sécurité
La maladie mentale, on en a peur – On avouait pas à l’extérieur d’être infirmier psy
Une journée au “6” (les Agités) – Les bains prolongés, 4 à 6 baignoires, les malades attachés aux bains, ou camisolés
On a compris que ça touchait la liberté – c’était le médecin
Les malades étaient purgés à l’huile de ricin, nos malades étaient tellement passifs …
C’étaient des conditions ignobles, ils perdaient une partie de leur responsabilité
Bonnafé, Sivadon, ils nous ont fait voir le monde sous un autre angle que le monde carcéral où nous vivions
Mr Sivadon nous a humanisés – il nous a aidé à devenir des hommes vrais
Ce qui nous a le plus révolté un jour, c’est un médecin qui a donné une permission à un malade (avant le temps prescrit), ça a bouleversé le service
Nous avions l’esprit conditionné
À travers Sivadon, les malades sont devenus des hommes avant que les sauts-de-loup et les grillages tombent
Les docteurs Rodier et Chanesse
“S’habituer et se méfier”
Mademoiselle Chaigneau
Un algérien qui n’est pas rentré – six de ses amis sont venus s’excuser pour lui
Pendant la guerre – moi je l’ai vécue lâchement – un travail très blessant et agressant
Je ne peux pas évoquer cette période
On donnait une demi louche de flotte avec quelque chose qui nageait dessus
Moi je cultivais un jardin dans la plaine
En 1940 1944 – on étaient volés – On disait : ils se goinfrent avec la ferme
Ma conviction : la ferme à Ville Evrard apportait beaucoup sur le plan thérapeutique – elle n’a pas nourri les malades
Les malades étaient absolument indispensables au fonctionnement du lieu
Les malades mourraient de faim
Des familles se privaient pour apporter à leurs malades
On a vu les murs s’abattre, les portes s’ouvrir
Le pécule
Le nom d’asile, un beau nom
Antonin Artaud – on avait des attentions
Il était au “3” le pavillon le plus coté de la maison
Je l’ai connu qu’en état d’agitation au “6”
“Toute la nuit vous avez combattu à mes côtés avec Saint Michel l’Archange”
Le frère du chancelier d’Autriche, hospitalisé pendant la guerre
La Maison de Santé, la haute noblesse de l’hôpital
Nous à l’as-ile on était le tout venant
J’ai été nommé surveillant en 1957
Quand des médecins avaient des problèmes avec des malades, on nous les confiait
Le surveillant et les infirmiers, c’est un peu comme les parents – le surveillât c’est le père de l’équipe
Les Bons et l’Inventaire
L’inventaire à jour – Histoire avec l’économe
Les premiers neuroleptiques – le Largactyl, l’électrochoc a amélioré grandement
Une séance d’électro
Le Cardiazol, un médicament de choc
La cure d’insuline – cela permettait d’entourer le malade – une présence féminine
J’exposais à Sainte Anne certaines situations
Un malade camisolé, on le cajolait, on le restructurait – on ne l’a pas guéri – il a eu une vie un peu plus normale quand même
Le Largactyl, un neuroleptique, a été une révolution – En quelques tels, tous les cris ont disparu
On a eu beaucoup de mal à ce que ça devienne pas une routine
Un malade qui cassait fou – la parole
Sivadon, un des médecins qui a parlé avec nous. Et la psychanalyse ?
Le plus positif ? Bilan
Ce métier m’a permis d’avoir une vie familiale près de la normale

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3534-memoires-de-la-folie-resistances-3

 

 

 

 

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partie 2

Une révolution psychiatrique

J’ai été très angoissé par le premier entretien
Les neuroleptiques ont apporté un effet spectaculaire – Mr Artaud n’aurait jamais déliré – une rupture
Les gens agités sont devenus aphones
Une expérience sous l’effet placebo…
Ah ça me gêne de tout dire !
La contention, la camisole de force, les bains forcés, la camisole chimique
La question des doses prescrites respectées
Le docteur Laborit, chirurgien de la marine a découvert les neuroleptiques
Le comportement, avec les neuroleptiques, a permis des rapports – il faudrait qu’on vous raconte tout cela collectivement
Les 6 pavillons de femme de l’Asile, les 6 d’hommes, les Grands pavillons d’Alcooliques : Pibel, Esquirol, Falleret… le pensionnat de la Maison de Santé (14 pavillons)
Sivadon est arrivé en 1947 1948 et il a pris le vieux service d’asile du Docteur Rodier qui a été suivi par le Dr Chanesse, le Dr Rondepierre, le Dr Menuau, le Dr Mignot – Le Guillan – Bonnafé … ils ont insufflé un esprit nouveau
Sivadon c’était le bon père de famille
Les Incurables – ils ont été disséminés – le service s’est retrouvé avec des malades dans la normalité nous sommes passés de 400 à 250 malades – on est passé d’un médecin à 9 médecins, c’était une révolution
L’excès du nombre
Après guerre beaucoup de malades avaient disparu, les services vidés par la famille, mais aussi la famine dans les quartiers pauvres de Paris – la pénurie avait diminué l’alcoolisme, le fait de devoir se battre a changé l’ordre des psychoses, défoulement de l’agressivité
Quand je dis “fou”, ce n’est pas péjoratif
Sivadon était très pédagogique
L’infirmier psy, c’est un autre homme que dans les autres services des hôpitaux
Le relationnel – histoire des trois infirmières de l’HP
Il faut savoir donner beaucoup de soi – on doit remplacer le père, la mère – le don de soi
Intervention de Gilbert Léon
Je voudrais dire quelque chose mais je ne voudrais pas que ce soit enregistré
Été dans un des quartiers les plus difficiles de Ville Evrard jusqu’à la retraite – d’autres partaient dès qu’il le pouvaient
Une équipe qui attache les malades, et la suivante les détache
Il y avait deux esprits dans le même pavillon
Les services des Gros Bras qu’on appelait en cas de conflit – la force a aussi été un élément apaisant
Un monsieur professeur dans un collège, mademoiselle Chaigneau est venue et une semaine après il a repris son travail
Il y avait des malades qui faisaient presque un travail d’infirmier
La vie de Vlle-Evrard reposait aussi sur le travail de ces malades, sinon l’hôpital ne pouvait pas fonctionner
Certains ont travaillé pour l’hôpital toute leur vie
Questions de société et de rejet – autour du travail – questions de responsabilité
L’admission des malades à Ville Evrard depuis les débuts – Ils venaient tous de Sainte Anne et avaient déjà reçu des contraintes, ensuite ils étaient transférés
Nous étions considérés comme des gardiens
Arrivés à Ville-Evrard, ces malades étaient à nouveau déshabillés et lavés, une seconde fois
On enlevait tous les bijoux, les alliances
J’ai vu un malade aux poings cisaillés attachés par la police
Un médecin coercitif : à Maison Blanche (témoignage de ma mère)
Les sorties hors de l’institution – à Fontainebleau – un début de rapport à la normalité
Le Lithium, surtout à partir des années 1970 – avant c’était considéré comme un poison – on a appris à doser
Un malade, c’est bien autre chose
Pour moi le malade a disparu, il y avait des hommes
La “porte du vin” – les alcooliques de Ville Evrard
On a essayé la Tuberculine, on a fait des injections d’huile soufrée
La science : on essaye, on expérimente
La Démolinothérapie : un alcoolique qui voulait guérir, on y mettait des gens qui voulaient tout casser
(…)

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3535-memoires-de-la-folie-resistances-4

 

 

 

 

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André Roumieux, infirmier

En France, sans doute le seul infirmier psy qui a écrit sur son expérience et qui a été édité : “Je travaille à l’Asile d’Aliénés”
La condition humaine – ce Vivre avec

Je viens du Lot, je suis rentré en octobre 1951, c’était très rapide, j’avais 18 ans
Mon père rêvait que je sois fonctionnaire
On disait “c’est les fous !”, les cris – dans ma jeunesse : un grand mur. J’avais vu un être humain sur de la paille.
On a vu les malades attachés, à poil en cellules
Quand j’ai écrit mon premier livre, je ne voulais pas qu’on sache que je travaillais ici
Il fallait toujours faire attention, et s’habituer – ceux qui ne pouvaient pas, partaient
On a jamais été totalement habitués et il fallait se méfier de tous
Le pouvoir du médecin – le pouvoir de l’infirmier
L’équipe était un ensemble clos
Le médecin arrivait, un cérémonial se mettait en place
La répartition du travail, l’infirmier a fait le ménage pendant longtemps
Ville Evrard, un village très particulier, très original
On vivait et le moyen âge, et le progrès
Il y avait beaucoup d’enthousiasme et des gens qui voulaient changer les choses
Le médecin et des infirmiers tout à fait remarquables…
On étaient sensibles à l’humanisation du service – des infirmiers s’opposaient au changement, d’autres étaient très engagés
On m’a appris la tolérance
La prise de parole de l’infirmier psychiatrique… j’ai eu une place de privilégié tout en étant partie prenante
La condition infirmière c’était le silence : il ne faut pas parler
Marius Bonnet avait écrit dans la revue Esprit en 1952 sur la misère de la psychiatrie
Notre image de marque : les gros bras, l’image de la grosse brute
Le journaliste d’Antenne 2 qui voulait absolument …
On a toujours supporté le poids de notre histoire, mais la société a toujours eu un rôle ambigu avec nous : elle nous reprochait d’enfermer et l’inverse
Rencontre avec Georges Duhamel – Cocteau nous a envoyé des profils – tout ceci était intense même si cela a débouché sur rien
Des livres dédicacés, Maurice Chevalier, Marcel Achard
La mémoire enfouie
Avec ma femme, on avait décidé d’écrire – je voulais qu’on respecte la souffrance humaine
Pierre Nora à Gallimard voulait publier mon livre – j’étais très angoissé
Ce qui m’a frappé au début c’est l’odeur du délire, l’odeur de la folie enfermée
Le réveil, le début d’une journée c’était extraordinaire
On a travaillé dans un système qui sécrétait la violence
Sur le livre, j’ai eu très peur – j’étais celui qui a écrit Le Livre
Les bons – faire signer 6 ou 7 personnes pour avoir un manche à balai neuf
Au mois de mai 1968, texte “abolition de l’inventaire”
Une journée en 1955, 1956
Le Rapport … un malade a des idées de suicide “****”
On comptait systématiquement les malades
La démolinothérapie, il fallait être prudent
Des malades occupaient des postes de travailleurs – partout – le pécule – ça avait une fonction valorisante
Le problème des couteaux aux repas – un couteau par table – on reprenait les couteaux avant la fin des repas – un couteau avait disparu, c’était très grave
Les infirmiers mangeaient à part
Le jour des visites le dimanche – le carnet de visites
Un infirmier n’était jamais seul pour surveiller – il y avait des malades qui n’avaient jamais de visites – la misère – le biberon froid
L’histoire des traitements – des traitements de choc au traitements insuliniques
C’était tellement violent pour le patient et pour le soignant : les séances de Cardiazol
LaTuberculine, le nursing
Une séance de Cardiazol, on ne sait pas ce qui va se passer – dans une chambre d’isolement … une injection
Le principe était de déclencher une crise d’épilepsie artificielle, le malade avait une sensation de mort imminente (…)
Les électrochocs ont suivi
Je faisais tout pour ne pas participer aux traitements de choc j’en ai toujours eu horreur – cela fait partie de notre pratique
Je n’ai jamais osé en parler
Mais j’ai toujours participé très facilement aux traitements insuliniques
Un malade qui me suivait du regard – je suis aller le trouver – j’ai pu rien dire – on s’est battus
C’était le système de violence dans lequel on s’est trouvés tous les deux – On étaient pris
Histoire de la cigarette à moitié
L’angoisse qu’untel se suicide
(…)

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3537-memoires-de-la-folie-resistances-5

 

 

 

 

 

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Paul Sivadon, psychiatre

La découverte des asiles
Genèse d’un jeune psychiatre
Clérambault, Lacan, Toulouse
L’Infirmerie Psychiatrique à la Préfecture de Police de Paris, Ville Evrard, Maison Blanche

La musique ou la médecine ?
Rentré comme interne à Ville Evrard, j’ai vu l’asile dans son aspect moyenâgeux typique en 1929, l’alimentation forcée, la camisole de force, une psychiatrie insoutenable, et pendant 11 ans je suis les grands patrons de cette époque, interne de Clérambault, de Henri Claude, avec comme camarades de salle de garde des gens connus comme Lacan, Lagache, Henri Ey
A ville Evrard, je voulais faire de mon mieux et j’ai été découragé par le patron au départ
Des petits papiers : “j’ai été interné à tort”, “faites moi sortir docteur”
“Attraper les testicules du docteur”
On voyait des malades prendre du plaisir à se faire nourrir artificiellement, une peur qui se transformait en agressivité
Lorsque le malade serrait les dents, on lui en enlevait une pour lui ouvrir la bouche avec une toupie pour passer la sonde
Une peur refoulée, une peur générale, la peur du Fou, systématique
Aux infirmiers : apprenez à vous méfier !
A Toulouse, médecin ne faisait la visite qu’entouré et protégé au pas accéléré, les malades étant séparés par des tables
A Clermont-Ferrand, jeune j’habitais à proximité de l’Asile de Sainte Marie et je suis monté à une échelle à 5 ans qui permettait de voir la cour de l’asile des fous – J’entendais des cris – les malades de l’Esprit – les malades s’accrochaient à des grilles et des hommes en blanc leur tapait dessus pour qu’ils décrochent
Je deviens psychiatre à mon entrée à Ville Evrard le 1er avril 1925
“Tu es complètement fou !, la psychiatrie ça n’existe pas !”
Des malades pleins d’escarres et d’excréments
La mise au point d’une camisole de force – elle ressortait automatiquement
Le shéma de la peur et sa réponse agressive
Un jour à trois heures du matin, je fais un tour dans mon service et je trouve tous les malades camisolés. La journée, tous les infirmiers me félicitaient de l’ouverture du service
“Il” devenait dangereux du fait de la peur de son interlocuteur
Un monde de communications intervivantes que nous connaissons encore très mal
Un intellectuel rationnel ne comprendra jamais rien à un fou
Les malades de la Tuberculose peu peu remplacés par des malades mentaux
Certains à la salle de garde sont allés vers des postes qui ne les fatiguaient pas du tout
La recherche du microbe de la folie
Le Corbusier était l’architecte choisi pour construire un nouvel hôpital moderne : Lannemezan
Toulouse faisait des services ouverts : “c’est l’avenir”
Le personnage lacanien, un beau salaud au point de vue sadisme
Clérambault était médecin chef à l’Infirmerie spéciale avec deux adjoints, c’était à la préfecture de police, un bâtiment pour les prostituées et un pour les fous
Il voyait les “malades fraisé, ceux qu’on venait de piquer dans la rue, le fou du trottoir parisien – c’était une observation instantanée
Le fou devenait de plus en plus fou parce que ça faisait plaisir à tout le monde
Un acte signé qui vous transformait en “fou” en une minute, c’était le passage de la normalité à la folie
Le malade, il le regardait après
Clérambault était un maître sadique – histoire de la chaise – pour les parents en salle d’attente : “l’attente crée le respect”
Sa théorie était connue sur le plan mondial à une époque où il n’y croyait plus lui même (il a été dépassé, son livre n’est jamais paru)
La forme délirante due aux circonstances
Ce qu’il refusait de voir le maintenait dans une position archaïque
Portrait d’un paranoïaque

 

 

 

Lucien Bonnafé, tournage au Pavillon Pinel, Ville-Evrard 1992

 

 

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Lucien Bonnafé, psychiatre, février et mars 1991 – 1

Eluard
Saint Alban – Ville-Evrard

Artaud, Ferdière, Edouard Toulouse. Des courriers très délirants, il était effroyablement malade
Le climat de ce service avant la guerre – il vivait dans un système extrêmement persécutif – l’actrice Hélène Manson, elle était au cœur des persécutions

Artaud souffrait horriblement des persécutions

Il était parti en Irlande avec la canne de Saint Patrick, il a été piqué au Havre
C’est à Ville Evrard qu’il a fait son internement parisien, c’était un enfer du point de vue des malades, un surpeuplement prodigieux, la famine
La structure asilaire : un comble d’inhumanité.
Le gâchis
La moyenneté contemporaine, les modèles mentaux moyens, on parle de Ville Evrard exactement comme on parle de la Guerre du Golf (en cours à l’époque)
L’infirmité mentale en question rend incapable de rendre la réalité profonde des choses, et notamment de la réalité asilaire
C’est un système démolisseur d’hommes en tant que système, il démolit principalement les exclus
Les CEMEA, on s’en est servi pour donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas – la prise de conscience des infirmiers
Pour « Eux », les infirmiers c’était le personnel secondaire exécutant
Daumezon, Toscquelles et la « convivance »

L’asile, c’est une structure extraordinairement pyramidale
L’émergence de la parole des infirmiers, cela a été dans le vent de la Libération

Les solidarités de Résistance ont eu une puissance considérable, cela a permis de militer pour la libération de la parole
Les lieux de Résistance, j’étais membre du PC … les camarades communistes, un noyau résistant. À la démobilisation, on était résistants, on a pas attendu de rentrer en Résistance
Le 14 juillet 1941, on avait monté un grand spectacle uniquement dédié à Philippe Pétain, maréchal de France et de Navarre, on a fait un 14 juillet ultra républicain
9a a eu des conséquences et ça n’a pas arrêté de se développer
Je suis passé de l’internat en service en banlieue à l’internat de Sainte Anne
C’est très important pour moi que je sois petit fils d’aliéniste et fils de médecin généraliste

Le grand père était pétri de culture anarchisante

« il n’y avait que les Fous qui étaient intéressants dans la vie, et ceux qui les persécutaient étaient des abrutis »
On ne sait pas que dans le monde aliéniste il y avait une contestation vigoureuse, très enfouie, minoritaire
L’aliénisme a été le champ d’une résistance – un rapport de Saint Alban sur les Fous d’Afrique qui étaient envoyés au « marché aux esclaves »
L’Administration parisienne avait refusé de construire pour soigner les Fous de Paris en disant qu’il était plus économique de négocier avec les Asiles de province
Ce qui en résulte de Vaucluse et de Ville Evrard qui est du Plan Haussmann (…) le cheptel aliéné parisien
Un document de 1835… « Musulmans : 110 (…) Convention avec le département d’Alger » … perdus dans les Bois du Haut Quercy et de l’Auvergne
Ça c’est la nature même de la Colonisation
C’était une grande stratégie économique : des entreprises à but commercial ont combiné avec la Préfecture de Paris des boîtes fondées exprès.

Il y avait les transferts et c’est de Ville Evrard que j’ai conduit un train de Folles à Plouguervénel en Bretagne
J’ai vu un projet insensé bâti par le département des Vosges pour servir de dépôt aux malades exclus de la Région Parisienne

À Ravenel dans les Vosges le bâtiment existe toujours
J’ai été nourri de cette fureur du grand-père
Ce qui m’a déterminé c’étaient mes jouets : quand j’étais gosse, ils étaient faits par des Fous
Indignation contre le bureaucratisme qui a tout de même toujours fait des percées dans le corps médical

Comment je suis devenu médecin … L’Ailleurs

J’ai beaucoup été fasciné par l’anthropologie mais aussi par le Groupe Surréaliste de Toulouse – et une grande passion pour le Cinéma – avant que je sois majeur
1932 : on a fondé le Cinéclub de Toulouse – je suis devenu projectionniste à ce moment là
Je suis devenu “Tucard”, j’ai perdu une année de médecine – Là on rentre dans un moment qui se rapproche du Front Populaire
L’année 1934, la plus dure – Condamné à la prison à trois mois en sursis
Un emploi d’Interne à Braqueville chez les Fous – c’est à ce moment là que je commence à devenir travailleur psychiatrique
Je suis tellement allergique aux concours… j’ai oublié de m’inscrire – Actes manqués – mon allergie à la carrière médicale sous forme de concours

Le personnel habitait dans les asiles, c’est seulement avec les changements d’horaires en 1936 que ça change
Le travail de Le Guillant sur les bonnes de Bretagne – une étude sur le modèle de la “profession servile”
Le statut des personnels des Asiles est fait exactement sur le même modèle que les gens de maison
Je fais mon choix pour Ville Evrard en 1938
Sur la Centrale Sanitaire dans la Guerre d’Espagne, je faisais la navette entre Toulouse et Barcelone
Les trains de blessés, l’accueil de la France aux réfugiés d’Espagne, les Camps de concentration français, Gurs …
Je monte à paris chez mon ami Théo Gaubert (maire communiste de Neuilly sur Marne – J’ai vu l’interne de garde, il m’a fait un effet !
Alors de là je suis allé à l’asile de Moisselles où j’ai fait la connaissance de Menuau que je retrouve à Ville Evrard ensuite dans le service où a été Artaud
C’était en 1938 – il y a eu Münich – à Moisselles on envoyait les Vieilles – un service de 400 personnes
Je prépare le concours, je le passe, 3ème acte manqué : je lis une question de travers : copie nulle – j’avais bossé !
Quand on est de la famille des aliénistes, on est dans les Asiles comme chez soi – Et on a peur d’aller dehors – La terreur (paradoxe) des asilisés devant le monde extérieur
Le démon : la familiarité du monde asilaire

La visite du Chef et sa troupe, puis … “toutes les lettres dans le poêle”
Un médecin chef passait sa visite à cheval

Le troquet en face de la prison qui servait de bureau d’embauche

Ville Evrard, c’était un asile vivant sur des codes et des jargons, un vocabulaire spécial – et puis la classification des malades … des catégories “étonnantes”, vision de détail
Le “2”, les gens les plus intégrés au fonctionnement du système et qui le faisaient marcher, les travailleurs
Le “4”, les gâteuses” – … mais non, le “2” c’était les déprimées, le quartier des suicidaires, la Mecque du suicide, tout le monde vivait dans le spectre de la mort et notamment le personnel
Le “5”, les semi agitées – et le “6” c’étaient les agitées, au fond il y avait les cellules – les cellules il y en avait partout un peu mais plus au “6”

Les gens couchaient sur la paille ou le varech … D’où venaient ces gens ?
DE l’Infirmerie Spéciale puis des admissions à Sainte Anne qui faisait le tri
Le monde asilaire, un admirable matériel d’étude
Les médecins qui recherchaient des cas pour leur sujet de thèse – mais aucun ne correspondait à ce qui était écrit dans les livres
On cherchait, mais les malades étaient toujours très originaux, plus que le malade “type” – ça colle pas avec la description type …
Un qui se promène rue du Faubourg Saint Honoré devant l’Élysée avec une carabine 9 mm – toutes les peines du monde à le faire sortir après

L’asile, on se demande comment tant de gens peuvent vivre là dedans ! Comment ce système peut t’il tourner à ce point sans bavures
La routine du système asilaire qui produit la chronicité – l’ensemble concourt à se préserver – … Le plus difficile c’est de faire sortir les gens de ce système

(…)

 

 

 

 

 

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LA SOUFFRANCE DU PEUPLE, C’EST PAS LEURS OIGNONS

Le Pacte Germano Soviétique
Les liens de Résistance … extrêmement complexes
1942 Résistance sur Paris
Lié à la personne d’Eluard
Les liens avec la Résistance à la fois personnelle et à le fois institutionnalisée
Le canal de la résistance poétique – Aragon
Médecin directeur à Saint Alban – la « corvée de directeur »
Chargé de Mission jusqu’en 1947 au Ministère
“la tristesse est une maladie des yeux qui pleurent”
Sur Baruk – sur les électrochocs et les cures d’insuline – on avait changé le système relationnel …
… Cette “pourriture” d’hôpital psychiatrique, on appelait ça la pourriture d’asile (…) …
J’ai beaucoup croisé Artaud – les Cellules
L’intérêt des infirmiers pur Artaud
La Maison de Santé, un monde à part – Moi j’étais chez les indigents

L’influence essentielle du Surréalisme – et l’importance de l’anti colonialisme
La haine du Colonialisme et la haine des persécuteurs des Fous sont exactement de la même trempe

Le thème d’humiliation – pendant la Guerre du Golf Saddam Hussein
Sur les médias occidentaux
“Saddam Hussein, c’est Saint Louis”
Les gens qui ne parlent que des chefs – la capitomanie dans laquelle ils fabriquent les opinions
L’inflation des chefferies qui mènent le monde – la manipulation des esprits
Sur l’Ordre Moral – sur l’entrée en République
Un texte de Jacques Lacan publié dans l’encyclopédie “la vie mentale”
Sur la démo-cratie, ils sont plus “cratie” que démo
Sur les stéréotypes – Orwell – la solitude des Résistants
Sur la toute puissance – vanité

Le Guillant a joué un rôle énorme dans tout le mouvement de mise en question de la tradition psychiatrique, un moment d’invention
Avec lui en 1945 – Fou Fou Fi

La Révolution psychiatrique de 1945 – c’est beaucoup dire – un noyau s’est constitué – Toulouse, Marseille, madame Le Guillant (Hirondelle), avec Georges Daumézon
Ce qui serait formidable c’est de les faire “convivre” eux mêmes…

Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas
Un potentiel formidable de vivre-autrement-avec, c’est ce qu’on a appelé de façon un peu pédante la Psychiatrie Institutionnelle
Je fais très attention aux Discours de Clotûre

Ce qui est très important – si on change les rapports hiérarchiques dans les personnels, du même coup c’est le même boulot que de changer les rapports entre soignants soignés

3 h 34 ‘ 46 ” fin du fragment 1

http://www.filmsdocumentaires.com/films/3621-memoires-de-la-folie-resistances-7

 

 

 

 

 

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Autres extraits Histoires autour de la folie

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Lucien Bonnafé

 

 

 

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lettre de Antonin Artaud à sa mère

 

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